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Quartier de l'Argonne : une chance à saisir

Publié dans Politique

Entre l'application de la Convention territoriale et les travaux de la seconde ligne de tramway, ce quartier de l'est d'Orléans vit sa transformation.

Bordé par l’avenue des Droits-de-l’Homme sur son flanc ouest, et assis sur le boulevard Marie-Stuart au sud, deux axes qui se rejoignent à l’entrée est de la ville, le quartier de l’Argonne a toujours eu, du moins depuis plusieurs décennies, un statut à part : celui d’une ville dans la ville, à l’image de son alter ego du sud, le quartier de La Source.
Un statut à part, doublé d’une réputation sulfureuse : « Les habitants de l’Argonne vont dans le centre-ville, mais jamais les gens du centre-ville ne s’aventurent à l’Argonne », ironise un commerçant d’origine maghrébine de ce « territoire dont certaines rues ressemblent à s’y méprendre à l’Afrique. Ils ont peur de repartir à poil !, lâche-t-il avec un large sourire, alors, le désenclavement, à mon avis, ce n’est pas encore pour demain ! »

Désenclavement, un mot pourtant dans l’air du temps. C’est même le maître-mot, comme transformation, requalification, résidentialisation, rénovation et redynamisation, de la Convention territoriale de l’Argonne (CTA), lancée en 2008 par la ville d’Orléans et l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU). Un immense chantier de près de soixante millions d’euros, associé à celui du passage de la seconde ligne de tram, qui tourne aujourd’hui à plein régime et qui entend, d’ici fin 2012, modifier durablement le quotidien des quelque 9.000 habitants de ce quartier de près de 90 hectares classé zone urbaine sensible.

 

Repli communautaire
Mais comment faire de l’Argonne un quartier comme les autres, ouvert à la ville, ouvert sur la ville ? Et comment, avant même de le désenclaver, donner une certaine homogénéité à cette zone urbaine si atypique qu’elle en est indéfinissable ? Comment modifier et améliorer cette composition brouillonne qui repose sur l’habitat traditionnel, fermettes et maisons vigneronnes du XIXe siècle, sur les cités ouvrières de l’après-guerre, sur les grands ensembles des années 1960-70 et enfin sur les zones pavillonnaires de la décennie 1990, conçues en « clos », et que l’on souhaite maintenant désenclaver ? Un désenclavement dans le désenclavement.

Au final, un assemblage des plus hétéroclites, une mosaïque architecturale et sociale, un musée de l’habitat à ciel ouvert, un casse-tête pour les urbanistes qui vont s’attacher à ouvrir les clos, organisés en communautés, sur le quartier; et le quartier, replié sur lui-même, sur la ville ! Vaste programme.

« Ici, j’ai toujours vu des grues et des pelleteuses, blague un ancien, fataliste. Mais on fait avec ! Cela fait plus de 45 ans que je vis à l’Argonne. Les vieux, comme moi, soit ils sont morts, soit ils sont partis pour le centre-ville ou les communes de l’agglomération. Et le problème, désormais, c’est qu’il n’y a plus de mixité. Et sans mixité, pas d’ouverture, mais un repli sur soi, sur une organisation régie par des règles communautaires dont on sait les dérives. » Alors ce n’est pas un hasard si dans le plan « Tranquillité publique » de la ville figure un volet « Rénovation des quartiers », dont la Convention territoriale Argonne et le Grand projet de ville de La Source constituent
les plats de résistance.
« Nous attendons beaucoup du passage de la deuxième ligne de tram, confie un autre habitant, né et resté fidèle à l’Argonne. Comme nous attendons beaucoup des travaux engagés dans le cadre de la CTA. Tout ce qui est entrepris ne pourra que contribuer à l’amélioration de l’image du quartier, de la vie de ses habitants. Mais il n’y aura pas de réels changements tant qu’il n’y aura pas de véritable brassage de populations. Le quartier va être plus agréable à vivre, ce qui n’est déjà pas si mal, mais il ne va pas se développer comme il le faudrait. Sans mixité, l’Argonne sera toujours l’Argonne, avec sa mauvaise réputation, avec ses enfants en échec scolaire, son taux de chômage bien plus élevé qu’ailleurs et ses trafics en tout genre. »

Zone de non droit ?
Réputation surfaite ? « Oui », affirme ce même commerçant qui regrette que les gens du centre-ville considèrent encore l’Argonne comme une zone de non droit. « Il y a plus d’incivilités que de véritable délinquance. En tout cas, rien à voir avec les banlieues de la couronne parisienne. Mais tout est ici tellement spécifique, de l’habitat au commerce, que rien n’attire vraiment les gens des autres secteurs de la ville. Et j’ai l’impression que les élus laissent les habitants de l’Argonne se débrouiller entre eux, qu’ils se donnent bonne conscience en rénovant le quartier. »

Atouts à mettre en valeur
Un avis que ne partagent évidemment pas les acteurs de la Convention territoriale Argonne, à commencer par les élus lorsqu’ils égrènent les sommes investies et l’état d’avancement du projet : requalification des rues, création
d’espaces publics, de voies de désenclavement et de passages piétonniers, réhabilitation de plusieurs milliers de logements, développement de l’habitat social, reprise complète de la place Mozart
et de son centre commercial. I, déclarait, fin 2010, Olivier Carré, maire adjoint chargé de l’Urbanisme. « Le quartier est bien situé, à seulement 1,8 km au nord-est du centre-ville, proche des bords de Loire, des gares d’Orléans et de Fleury-les-Aubrais. Il était urgent de s’occuper de ce quartier qui en a réellement besoin. Et ce qu’il manquait, c’est une vision globale du plan de rénovation. C’est chose faite avec la CTA. »

Entre le scepticisme des uns, échaudés par les plans successifs sans réels résultats, et la détermination des autres, conscients qu’il y a là une opportunité à saisir pour en finir avec un repli pénalisant, il y a l’attente d’une large majorité de la population, persuadée que, comme à La Source, l’amélioration des conditions de vie passe par une refonte en profondeur de l’existant.

Et tous, sceptiques, déterminés ou dans l’attente, s’accordent pour dire que le quartier n’a été que trop délaissé, qu’il ne s’est que trop dégradé, et qu’il était grand temps d’entreprendre sa rénovation.

Denis Léger
Photos Christian Beaudin

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