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Céréales et biodiversité à Tavers

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Frédéric Gond symbolise une agriculture au croisement de la production, de la société et de l’environnement.

Frédéric Gond a « toujours voulu » être agriculteur. Comme ses grands-parents. Comme ses parents. Il a grandi dans leurs fermes, à Tavers, où les résurgences de la Beauce croisent les eaux de la Loire. Où le temps semble parfois suspendu aux vieux moulins de pierre. Frédéric Gond, lui, est un homme de son temps.
« Je connais les enjeux, les contraintes sur l’échiquier mondial. Je me sens producteur. » Installé au lieu-dit L’Espérance, entre les Justices où l’on pendait les condamnés et les Caves où l’on travaillait la vigne, il a spécialisé son exploitation dans la culture de céréales.

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Sans irrigation
Aux 105 hectares des parents, il a rajouté 75 hectares en 1996. 180 hectares de la Loire à l’autoroute, composés de blés tendres et durs, de colza, d’orge, de maïs et de tournesols.
Sans irrigation, s’il vous plaît ! « J’essaie de voir comment utiliser les sols de manière différente, en labourant à 15 cm par exemple pour ne pas trop diluer la matière organique. »
Frédéric Gond connaît parfaitement son milieu à l’image du monde agricole moderne. « Conséquence des crises énergétiques et évolutions sociales » qui ont entraîné chacun vers de sérieuses remises en questions.
« Céréalier, ça a une connotation un peu dure. Une image que l’on a du mal à corriger, d’autant qu’on arrive avec une agriculture complexe, difficile à expliquer...» Après avoir étudié à Vendôme et à Châteauroux, il a participé pendant dix ans à des expérimentations,

sélections des variétés, gestion des essais, ensilage... En se penchant sur les produits phytosanitaires, il a « touché du doigt l’aspect de la chimie autour de l’agriculture, testé la nocivité des traitements sur les abeilles... »
Et il s’est forgé de fortes convictions.
« Les organisations de producteurs, telles que les coopératives, sécurisent et orientent nos débouchés. Elles nous conseillent par exemple sur le choix des variétés de blés mieux adaptés. Chaque agriculteur reste libre d’appliquer ou non ces prescriptions. Une année, je n’ai pas suivi les recommandations. Je me suis fait avoir par les cécidomyes de minuscules insectes qui pondent dans les épis. Résultat ? 20 quintaux de blé à l’hectare en moins. Je suis prudent et raisonne la médication de mes céréales mais je dois parfois en assumer les conséquences. On travaille avec la nature, j’essaie d’y faire attention. »
Sur les bords de Loire, ses terres sont hétérogènes et très peu fertiles, surtout sans irrigation : « Six tonnes de blé tendre à l’hectare quand tout se passe très bien, trois tonnes cette année... »


Conscience des limites
Sur cette trentaine d’hectares qui bénéficie d’un diagnostic biodiversité dont une vingtaine en jachères, il ne sème ni maïs, qui réclame trop d’eau en particulier lorsqu’il pleut le moins, ni tournesols malgré leur capacité d’enracinement plus importante.
Seulement du colza, blé et orge. Il épand du lisier déshydraté de porcs de Bretagne et des matières organiques d’élevages pour « ramener de l’humus et restructurer ses sols ».
« De toute façon, j’essaie de faire une agriculture raisonnée. On n’est pas mieux payé mais on sait ce qui se passe sur nos sols. Il faut bien avoir conscience des limites. Ne pas risquer de déraper dans un sens ou dans l’autre. » Sans perdre de vue son objectif principal : nourrir les hommes.


Olivier Rigaud.

Ecoutez l'interview de Frédéric Gond :

1ère partie
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2e partie
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3e partie
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