Concertation : un vrai forum régional - L’atelier développement durable

Écrit par Olivier Rigaud. Publié dans SOCIETE

 

Pour mieux saisir la pertinence de cette concertation, j’ai participé à l’un des ateliers proposés jeudi soir, consacré à l’aménagement durable, aux défis environnementaux : comment à la fois préserver et valoriser nos ressources naturelles, quelles solutions mettre en place pour atténuer et s’adapter au changement climatique ? Parmi les thèmes évoqués, biodiversité, énergie, écoconstruction, réduction des émissions de gaz à effet de serre, anticipation du changement climatique, mon groupe s’est particulièrement attardé sur la ressource eau.

La présence de Myriam Laidet, affectée à la gestion territoriale de la mission Val de Loire qui travaille justement sur un dispositif intitulé « Habiter l’eau », de Nicolas Gérard-Camphuis, directeur Centre Loire à l’agence Loire Bretagne, et d’Éric Javoy, agriculteur de Cléry-Saint-André (cerises, poires, céréales...), conférait une réelle compétence sur ce thème à notre table. Nous avons abordé les idées de la gestion et du stockage de l’eau (réserves solidaires...), les usages agricoles (pratiques vertueuses en circuits courts, pompages raisonnés...) ou le principe d’un rapprochement des acteurs concernés à travers une maison de l’alimentation.

Myriam Laidet a en effet commencé par s’inquiéter du niveau de la rivière du Loiret dont les nappes phréatiques qui l’alimentent semblent s’épuiser. Éric Javoy a témoigné des évolutions de son métier, qui utilise beaucoup plus raisonnablement cette ressources, réglant les arrosages au millimètre près désormais. Ne pourrait-on pas stocker les eaux pluviales pour en disposer aux périodes de sécheresse afin de moins puiser dans les nappes ? Nicolas Gérard-Camphuis a expliqué cela se faisait déjà autour de la Loire mais que de tels projets déclinés localement étaient extrêmement coûteux et devaient dans une démarche territoriale de solidarités.

Il est revenu sur le problème de qualité des eaux, dont les industries cosmétique ou d’embouteillage dépendent. D’une part, il estime que les agriculteurs pourraient être incités à adopter des pratiques toujours plus vertueuses à condition qu’ils y trouvent un intérêt économique, et d’autre part, il a précisé que cette qualité de l’eau était également menacée par les écoulements insuffisants de nombreux cours mal entretenus.

Chaque participant s’est montré pleinement conscient de la complexité de la tâche, notamment pur ce qui touche à l’alimentation. Nourrir le monde entier, pourquoi pas, mais à quel prix s’interrogeait, Pascal Martin président d’1-Terre-Actions, association qui collecte et recycle des vélos à Orléans. Nourrir localement, pourquoi pas, mais à quel coût et pour quel bénéfice, lui a rétorqué Éric Javoy, inquiet de la viabilité économique de nombreuses exploitations converties en bio.

Pour soutenir les efforts des producteurs, une personne qui représentait l’interprofessionnelle de la restauration collective a rêvé d’une maison de l’alimentation, où se rencontreraient ceux qui achètent et ceux qui vendent « dans une dynamique collective », où se réuniraient les acteurs, les associations autour d’un projet alimentaire territorial. « Il est temps de remettre en question nos modes de vie et de consommation », a ajouté Pascal Martin : « On est au bord d’un changement climatique inéluctable qu’il faut anticiper à travers des solutions de résilience, pour changer de modèle, produire de l’alimentation et de l’énergie localement, en circuits courts. »

Les points de vue se sont ainsi exprimés librement pendant une petite heure, tandis que l’un des membres de l’atelier remplissait une grille de restitution. La discussion s’est conclue autour de la méthanisation : comment territorialiser ce type de projet pour diversifier les intrants ? Comment avancer plus rapidement sur la réinjection des gaz ainsi produits dans les réseaux existants, sur des zones suffisamment importantes pour absorber de telles productions ? La question se pose à Chevilly où une interconnexion avec Chanteau est en projet, d’après le directeur territorial Loiret référent politiques énergétiques à GRDF, Patrick Lancelin.

Myriam Laidet espérait même que l’on puisse aller plus loin et exploiter les déchets des défrichements du lit de la Loire ou des peupleraies souvent abandonnées dans les chaufferies bio masse par exemple, dans un cercle absolument vertueux de production d’une énergie propre à partir d’une matière première disponible sur place.

Ce fut un véritable moment de partage d’expériences et de savoirs, qui complète les approches de nombreux autres ateliers qui se déroulaient sur ce même thème environnemental ou autour de l’attractivité du territoire, des équilibres de développement au sein de la région, des déplacements au quotidien ou encore de l’offre culturelle et sportive... Reste à la Région d’exploiter positivement tous ces débats : la concrétisation sera d’autant plus attendue que l’intention est éminemment louable.